28/08/2020

Le NPA français au bord de l’implosion

Un débat nécessaire sur les «partis larges»

Le NPA est au bord d’une implosion. La majorité, qui répond au Secrétariat unifié (SU), envisage une rupture á l ´amiable avec les autres fractions internes, accusées de bloquer le fonctionnement collectif.

Il faut nous rappeler que cette organisation, née en 2008, est l’un des représentants les plus emblématiques du « parti large ». La LCR d’alors, l’organisation trotsko-mandéliste du secrétaire unifié, a pris la décision de se dissoudre et de former une nouvelle formation politique, dont le point de départ était l’abandon de la dictature du prolétariat et la clôture du cycle historique initié par la révolution d’octobre. Le MST s’est félicité de la formation du NPA, promouvant à son tour en Argentine ce qu’ils appelleraient «la nouvelle gauche». Le PTS l’intègre en tant que fraction interne.

Il y a dejá des décennies, que le Secrétariat unifié est plongé dans un processus prolongé de dégénérescence et d’assimilation à la démocratie bourgeoise et d’adaptation aux appareils bureaucratiques et petits-bourgeois. Cette politique de liquidation de la IVe Internationale a fait un bond avec les « partis larges », puisqu’elle constituait la renonce formelle aux prémisses de la révolution sociale et à la stratégie du pouvoir ouvrier. L’hypothèse envisagée par les mandélistes est que cette «largeur» était le passeport pour progresser á l’ombre de l’État capitaliste et parvenir à la conquete d´une plus grande adhésion dans ses rangs.

Effondrement

Après douze ans, nous sommes confrontés á la scéne inverse, un véritable effondrement. De 9 000 militants, il est réduit maintenat à 2 000 seulement, et encore moins si l’on compte les participants aux réunions ou aux assemblées. Et l´hemorragie continue. Le NPA n’est pas non plus en mesure d’afficher un résultat différent au niveau électoral, où il ne va pas au-delà d’une présence marginale. Aux élections présidentielles, il a obtenu prés d´ 1%. Le NPA ne s’est pas présenté aux élections européennes et a eu un taux de participation infime aux élections municipales. Il ne se démarque que dans la ville de Bordeaux, où en partenariat avec La France Insoumise (LFI, Mélenchon), il obtient plus de 10% des voix et élit trois conseillers. Dans son ensemble, un effritement plus grave si on le compare avec l’ élection de 2005, où la LCR a pu récolter avec Olivier Besancenot en tête, le 5% des voix. Très instructif en effet, car la filiation trotskyste du candidat SU à l’époque ne l’empêchait pas d’atteindre ces chiffres. Le « parti large» a fini, paradoxalement, en revanche, a «rétrécir» son champ d’action et son rayon d’influence.

Ce parcours ne doit pas nous surprendre, puisque le virage vers un terrain de collaboration de classes a apporté de l´eau au moulin des partis qui composent l’arc politique du centre-gauche (La France Insoumise, de Mélenchon, le PCF et l’Union de la gauche). De plus, elle a été le terreau des détachements dans les rangs mêmes du NPA, de militants qui compte tenu de cette stratégie, ont choisi de sauter la barriére et de rejoindre directement ceux qui exprimaient de manière directe une politique d’engagement et de maintien de l’ordre social capitaliste . Les scissions , dans cette scéne sont vers la droite sauf une ultra-minorité. Bien sûr, cela a également eu un impact sur la question électorale car, une fois les frontières de classe floues ou effacées, il était préférable pour l’électorat de gauche de voter la version originale plutôt que sa copie.

Contre la radicalisation

Ce recul du NPA se produit alors que l’on assiste à une montée de la lutte de classes, exprimée par l’explosion des «gilets jaunes» et l’énorme grève des transports contre la réforme des retraites. Ce tournant s’est exprimé lors des élections présidentielles de 2018, qui ont été extrêmement illustratives.

L’une des principales données du second tour a été l’énorme abstention – elle représentait le 25% du vote – et le vote blanc de 10%. Il était un peu en dessous du vote pour Macron et au-dessus de celui reçu par Le Pen. Indépendamment de son hétérogénéité, cette multitude comprend des millions de travailleurs et de jeunes qui ont rejeté le vote pour Macron comme le «moindre mal», et sont rapprochés de l’agitation contre «le banquier et les racistes» et contre «la patrie et les patrons». développé par des collectifs populaires. C’est donc, dans une large mesure, un vote contre les candidats et les partis du capital.

L ‘«extrême gauche» était contre cette tendance. Disons simplement qu’en 2002, la LCR (prédécesseur du NPA) a appelé à voter pour le candidat de la droite, Jacques Chirac contre Le Pen Sr., lors du deuxiéme tour à l’époque. Cette organisation n’a jamais revisé cette position. Il n’est donc pas surprenant que, dans un cadre similaire, le NPA ait trebuché avec la même pierre.

Le NPA ne s’est pas prononcé en faveur de l’abstention – encore moins il n´a fait une campagne pour cette alternative. Le NPA a contourné la question du vote avec la formule générique de «mobilisation» contre le Front national d’une part, et contre les politiques libérales, d´autre part, mais pas du tout contre la candidature de Macron. Le vote blanc, en revanche, offrait l’occasion d’une reconnaissance des forces anticapitalistes dans les urnes, qui auraient fonctionné, comme cela c´est passé effectivmente , comme l’alternative politique aux candidats du grand capital. Le NPA a évité de développer la délimitation politique de la classe ouvrière avec les candidats des deux patrons aux urnes. Il a échappé à cette bataille pour ne pas confronter, se justifiait-il, avec les travailleurs et les jeunes qui ont fait appel au «vote utile», votant pour Macron pour empêcher le triomphe du Front national.

Le slogan central du NPA dans la derniére partie de la campagne était: «Tout sauf le Front national», accompagné d’autres comme «pas de vote pour Le Pen». C’est un vote honteux pour Macron. La Izquierda Diario soutient qu’il y a eu un virage de 180 degrés dans la campagne, alors que ce qui a été fait c´est approfondir une orientation en cours. Le PTS, il convient de le rappeler, a revendiqué la campagne électorale du Poutou «pour son radicalisme, son indépendance et sa concience de classe» (La Izquierda Diario, 6/5/18), au lieu d’expliquer comment et pourquoi elle est devenue le contraire en 24 heures.

Moment décisif pour la gauche

Ce résultat a ammené à la majorité a conclure qu íl fallait ‘explorer un rapprochement avec la gauche traditionnelle. La séparation «á l´amiable» que la majorité encourage , vise à se trouver les mains libres pour se déplacer dans cette direction. Un laboratoire de cette politique fut l’élection de Bordeaux, où le NPA a participé, comme nous l’avons déjà dit, dans une coalition avec France Insoumise. Il est important de noter que cette tentative a suscité une énorme résistance de la part d’un segment non négligeable du militantisme du NPA et a contraint á la direction à effectuer une série de manœuvres pour revoir le vote qui, à l’origine, était contre la tenue d’élections en convergence avec la force politique de Mélenchon.

Un fait qui ne peut être négligé est que l’initiative de la ruptura vient de la majorité. Elle a même pris en charge la diffusion de la décision envers l’opinion publique, et qui a commencé à prendre de l’importance à partir d’un article récent publié par Le Monde. Ce n’est pas par hasard, car il dépeint l’attitude des soi-disant «minorités», constituées par différentes tendances critiques par la gauche de la majorité du SU, qui additionnées en termes de représentation, sont dans la foulée de la direction actuelle. Aucun d’entre eux, cependant, n’a travaillé ou préparé cette scission, et certains ont été surpris par la décision prise par la tendance dominante du NPA.

La ligne dominante entre eux est d’essayer de préserver et de s’accrocher à la continuité de cet espace meme si est évident que c´est un blocage pour la construction d’un parti révolutionnaire. Ils n’ont même pas changé cette attitude face au fait que le NPA est en ruines.

Évidemment, la scission promue par les mandélistes n’est pas du tout progressiste, sinon qu´elle est orientée vers une convergence avec la gauche la plus intégrée au régime. Mais la crise doit être l’occasion de mettre point final et de surpasser le NPA, de ne pas tenter de sauvegarder une expérience épuisée, qui s’est avérée être un obstacle insurmontable pour créer une alternative révolutionnaire. La revendication de créer un «NPA révolutionnaire» est une impasse, et condamne l’avant-garde des travailleurs et des jeunes à l’impuissance. Un cas qui mérite notre attention en raison de sa similitude est celui de la fraction de gauche du PSOL brésilien, dont la plate-forme, au milieu de la crise que traverse ce courant, est de défendre le «PSOL des origines», quand ce qu’il faut faut remettre en cause c´est la nature même de ces « partis larges » . Le NPA est un appareil pour faire face aux épisodes électoraux et pas du tout pour préparer une avant-garde politique de la classe ouvrière á des dévoloppements transitionnels et á des perspectives révolutionnaires. Cela ne peut échapper á personne et encore moins aux forces qui l’intègrent. Le NPA n’a jamais été structuré en tant que parti militant et d’action et, encore moins, en tant qu’organisateur et moteur de la lutte de classes. De telle sorte que c’est une imposture de proclamer sa transformation interne. Cependant, le PTS, à travers La Izquierda Diario, essaie de vendre ce produit denaturé. «Il y a un immense espace politique pour construire cette perspective et c’est pourquoi ce n’est pas le moment « d’impressionner » le NPA avant le congrès du parti, sinon au contraire, c´est le moment de parier sur la construction du NPA, pour un parti militant, indépendant et révolutionnaire ».

Le rassemblement de différentes tendances de la gauche radicale sous ce parapluie commun, prolongé dans le temps, est le signe d’une adaptation marquée et, dans certains cas, associé à l’ espoir d’obtenir une position parlementaire et, par conséquent, d’une tendance à l’électoralisme. Cet appétit n’est pas absent du CCR (le courant identifié avec le PTS). La Izquierda Diario loue «le succès de la campagne de Philippe Poutou, récemment élu conseiller de Bordeaux, comme l ’exemple du potentiel qui existe dans le NPA pour occuper un espace politique important, en référence à« l’extrême gauche ». Ce que l´article ne dit pas , c’est que la liste est un accord avec Mélenchon et cache aussi le fait que les candidats du… CCR étaient sur cette liste, malgré les plaintes dans les rangs des militants de la NPA contre cette coalition sans principes.

Parler d’un espace «centriste» pour caractériser le NPA est abusif, quand son certificat de naissance est une grande régression, puisqu’il commence par le fait d´abandonner, même formellement, la construction de partis militants et d’action, ainsi que le combat stratégique pour un gouvernement des travailleurs. Dès le départ, nous sommes confrontés à une politique liquidationniste, opposée à une perspective révolutionnaire. Le fait que le NPA ne soit pas allé aussi loin que certains représentants du SU dans d’autres pays ne nie pas ce caractère.

C´est chose courante de justifier la présence et l ‘«entrisme » dans des « partis larges » – et cela même étendu à d’autres formations politiques aux frontières de classe diffuses – pour des raisons «tactiques». Pour cela, ceux qui en font la promotion essaient de se réfugier dans les recommandations de Trotsky. Les différentes ailes du morenismo ont été des champions en la matière. Mais l ‘«entrisme» n’a rien à voir, par exemple, avec l´entrisme dans le Parti socialiste espagnol, encouragé par le dirigeant de la Révolution d’octobre au moment où ce parti canalisait un déplacement vers la gauche des travailleurs et des jeunes espagnols, avec le parcours de NPA, qui incarne une évolution á droite, depuis ses origines. Au-delà de ce fait, quelle que soit la considération «tactique», elle ne peut passer outre sur le passage du temps. Douze ans se sont écoulés depuis la création du NPA. Dans un laps de temps aussi long, il n’est plus possible de parler de ressource tactique, qui ne se justifie que comme une ressource circonstancielle et limitée.

Le bilan indique que le NPA a été un facteur de blocage pour le développement d’une conscience socialiste et révolutionnaire, ce qui n’a pas été sans importance dans le devenir d’un groupe important de travailleurs et de jeunes, qui ont été poussés vers la droite ou qui ont a fini par rentrer chez eux, sous l’emprise de la frustration et du découragement proportionnels á l’effondrement du NPA pendant toutes ces années. Il faut faire un bilan sans concessions. Le présent et l’avenir sont remplis d’occasions, d’autant plus lorsque nous entrons dans un cadre convulsif, qui est le terreau de grands bouleversements politiques et de crises internationales, de rébellions populaires et de tendances à création de situations révolutionnaires. La condition pour en profiter dépend de la stratégie de la gauche révolutionnaire. L’implosion du NPA soulève la nécessité de créer des partis révolutionnaires qui embrassent la cause de l’indépendance politique et la stratégie du gouvernement ouvrier et du socialisme.

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