01/08/2020

Un programme et une stratégie révolutionnaire pour l’ intervention en Amérique latine et aux Etats -Unis

Contribution du Partido Obrero (Argentine), Grupo Acción Revolucionaria (Mexique), Juventud Obrera (Costa Rica), Agrupacion  Vilcapaza (Pérou), Fuerza 18 de Octubre (Chili), Agrupacion  León Trotsky (Uruguay), Agrupacion de trabajadores Bolivianos á la  Conference virtuelle de l´Amérique latine et des  États-Unis.

L’émergence d’une rébellion populaire aux États-Unis représente un coup dur pour le gouvernement de Donald Trump et pour tous les gouvernements latino-américains, agents ou aredevables  de l’impérialisme américain. Pour cette même raison, elle représente également une impulsion aux luttes ouvrières, populaires et anti-impérialistes des peuples du sous-continent et un appel à reprendre le fil des rébellions populaires de 2019. La pandémie a modifié le cadre  latino-américain mais   le cycle des révoltes populaires  est loin d´etre bouclé.  Les contradictions qui ont donné lieu à ces éclats ne sont pas seulement présentes, mais ont été renforcées par la propagation de l’épidémie. L’arrivée du covid-19 se produit en même temps que la rébellion populaire au Chili prenait une nouvelle impulsion, avec les mobilisations gigantesques et combatives de mars, et quelques mois après les grandes rébellions populaires de l’Équateur, Puerto Rico, la résistance du peuple bolivien contre le coup d’État, les grèves générales en Colombie, les grandes grèves éducatives au Costa Rica et, plus loin, la rébellion au Nicaragua. La pandémie du coronavirus a mis ces processus en attente, même si elle ne les a en aucun cas annulés. Avec l’arrivée du covid-19, le sous-continent a plongé dans une véritable tempête sanitaire, et est tombé encore plus profondément dans une crise économique, sociale et politique.

Cette perspective ouverte – celle des affrontements renouvelés entre les classes dirigeantes et leurs gouvernements, d’une part, et les masses ouvrières et opprimées, d’autre part – pose à la gauche révolutionnaire le besoin d´un abordage  en profondeur du grand problème que les processus de Rébellions populaires 2019 ont laissé ouverts: surmonter la crise de  direction du mouvement ouvrier et des masses opprimées d’Amérique latine. Aborder cette crise de direction nous demande  d’une part, le réglage  de la  caractérisation de la scène et, d’autre part, la formulation du programme et de la stratégie que la gauche révolutionnaire doit mettre en place.

La pandémie en Amérique latine

2. Vers la mi-juin, l’Amérique latine est devenue l’épicentre de la crise pandémique. Le Brésil est situé comme étant  le principal foyer infectieux du sous-continent et le deuxième pays le plus durement touché par la pandémie dans le monde, seulement derrière les États-Unis.Il ne fait aucun doute que la catastrophe sanitaire qui sévit en Amérique latine est la responsabilité de la classe sociale dirigeante du sous-continent et des différents gouvernements qui, d’une manière ou d’une autre, la représentent. La pandémie a révélé la grave crise du logement, l’insécurité générale de l’emploi, la crise de l’accès à la santé. La politique négationniste de la pandémie, qui a surtout caractérisé le gouvernement du fasciste Jair Bolsonaro et d’abord aussi le « néolibéral » Sebastián Piñera et le « national et populaire » Manuel López Obrador et Daniel Ortega, n’est rien de plus que l’expression de l’énorme lobby. exercé par les bourgeoisies de leurs pays respectifs. Ceux-ci, dès le début de la crise pandémique, ont insisté pour la continuité de toute activité productive et économique et ont systématiquement porté atteinte  contre la mise en place de quarantaines préventives en regle . Le déni, qui dans le cas du Brésil reste à ce jour la ligne directrice du gouvernement, a fait des ravages, permettant une propagation massive du virus et infectant le fasciste Bolsonaro lui-même.

3. Dans les pays où des quarantaines plus ou moins strictes ont été imposées, au fil des semaines, le lobby des employeurs a finalement prévalu. Le retour aux activités, notamment industrielles, a été permis et des «nouvelles normalités» préventives ont été établies. Au Salvador, la  quarantaine stricte  promue par Bukele a été le bélier pour avancer dans le renforcement de l’appareil répressif et la contrainte  de l’État. Les «nouvelles normes» n’étaient pas suffisantes pour éviter la multiplication des infections, ce qui a entraîné un effondrement soudain des systèmes de santé. De cette manière, le long processus de vidage des systèmes de santé publique a été complètement mis á nu, systemes dévastés par des décennies de vidage et de privatisations par  les gouvernements de toutes les couleurs, au profit d´affaires  louches avec les  opérateurs  de la santé privée.

4. La lutte pour la centralisation des systèmes de santé de chaque pays, sous la direction des agents de santé et des professionnels, est posée comme un programme aux caractéristiques universelles pour toute l’Amérique latine. C’est un combat dans lequel la vie des masses travailleuses est l´ enjeu. De même, la lutte pour la duplication des budgets de la santé et pour la nationalisation sans compensation des industries pharmaceutiques. La lutte pour défendre ou imposer des quarantaines, contre la demande de l’employeur de continuer à produire à tout prix, et pour des comités de sécurité et d’hygiène des travailleurs dans chaque usine, entreprise et lieu de travail, sont des enjeux et des revendications qui occupent aujourd’hui une place primordiale que la gauche révolutionnaire doit lever.

L’effondrement économique

5. Parallèlement à la catastrophe sanitaire, se développe également un effondrement économique historique. Naturellement, l’effondrement latino-américain a pour fond la faillite capitaliste internationale, qui s’est accélérée et approfondie parallèlement à la crise pandémique, inaugurant une période de dépression économique qui ne peut être comparée qu’à la Grande Dépression des années 1930. Les tendances récessives de l économie mondiale  étaient déjà clairement présentes bien avant l’éclatement de la crise sanitaire, ce qui a été corroboré par la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine tout au long de 2019, qui a réduit à plusieurs reprises le taux d’intérêt dans le but de soutenir taux de profit des entreprises et promouvoir un plan d’investissement productif. De même, le cadre de surproduction a conduit à une baisse marquée des investissements, d’une telle ampleur qu’il n’a même pas compensé le processus d’usure du capital fixe. Avec la transformation du covid-19 en pandémie, les fermetures de frontières qui en résultent et la déclaration de quarantaine dans de nombreux pays, ont achevé l ´installation d´un profond arret  économique  et un effondrement capitaliste sans précédents.

6. En Amérique latine, comme dans le reste du monde, les investisseurs se sont débarrassés de leurs stocks et ont fui en masse pour acheter des bons du Trésor américain. Ce processus a conduit à un effondrement sans précédent des prix des principales entreprises des pays d’Amérique latine et à l’effondrement de leurs indices boursiers respectifs. En mars, la bourse de São Paulo a dû arrêter ses activités à cinq reprises, pour contenir l’effondrement de la Bovespa. Cette image s’est combinée á la virtuelle congélation  du commerce mondial et à l’effondrement des prix des commodities , qui avaient  déjà subi une forte baisse dans la période précédant le déclenchement de la pandémie. La baisse des prix et des ventes de matières premières, principale exportation des pays du sous-continent, a miné les recettes en devises des pays d’Amérique du Sud. L’effondrement, de caractéristiques sans précédent, du prix du pétrole, accumulant une baisse de 40% jusqu’à présent en 2020, a particulièrement frappé les économies du Brésil, du Venezuela, du Mexique et de l’Équateur, et a contrecarré la tentative du gouvernement Alberto Fernández de transformer l’Argentine en  un pays qui exporte du pétrole brut du gigantesque réservoir d’hydrocarbures de Vaca Muerta. La baisse du prix du soja, en raison notamment de la baisse de la demande chinoise, a réduit les projections de recettes en devises en Argentine, au Brésil et en Uruguay. La baisse du prix du cuivre a particulièrement touché les économies du Chili et du Pérou, les principaux exportateurs mondiaux du métal rouge.

7. Ce phénomène de pénurie de devises a fini par déclencher un énorme processus de fuite des capitaux. Entre janvier et avril 2020, 150 milliards de dollars se sont échappés des pays d’Amérique latine, ce qui a entraîné la dévaluation de la plupart des devises d’Amérique latine. Le real brésilien est à son  record le plus bas,  accumulant une dévaluation de 40% jusqu’à présent cette année. Ceci, malgré la politique interventionniste de la Banque centrale du Brésil, qui a dilapidé les réserves sur le marché des changes pour tenter de contenir le prix du real. Conséquence de tout ce revers, le FMI a serré  fin juin ses projections économiques d’avril et prévoyait un effondrement du PIB de l’Amérique latine et des Caraïbes de 9,4% pour  2020. Pour les deux grandes économies d’Amérique latine, le Brésil et le Mexique , un effondrement de 9,1% et 10,05% respectivement était projeté. Pour le Pérou, l’effondrement attendu est de 12%. Et pour l’Argentine, la troisième plus grande économie du sous-continent, on considére une baisse de 9,9%. Cependant, quelques jours après l’annonce du FMI, l’Argentine a officialisé le plus grand effrondement de l’histoire du pays en un seul mois. En avril, alors que la quarantaine argentine était  plus intense, l’économie a chuté de 26,4% par rapport à avril 2019. En Amérique centrale et aux Caraïbes, la baisse des exportations se conjugue avec l’effondrement du tourisme entre 40 et 70 points, dans une branche qui représente 25% du PIB total de la région.

8. Parallèlement à l’effondrement des PIB, les poids relatifs des dettes souveraines se sont accrus et les déséquilibres budgétaires se sont considérablement accentués. Le FMI estime que le déficit budgétaire moyen en Amérique latine sera d’environ 8,9%. Cependant, malgré cela, un nouveau cycle d’endettement a été relancé dans les pays du sous-continent, ce qui s’explique par l’énorme problème monétaire et les taux d’intérêt négatifs imposés par la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne. Ce qui s’est passé, c’est qu’un nouveau « carry trade » a été lancé, le mécanisme par lequel les investisseurs empruntent à peu ou pas de frais et investissent ce capital dans les dettes publiques des pays « émergents » ou sous-développés . Cette nouvelle bicyclette financière, qui se fait au prix d’un saccage plus grand et chaque fois renouvelé des pays d’Amérique latine, présente des caractéristiques encore plus risquées que par le passé. Comme nous l’avons souligné plus haut, la situation de l’économie latino-américaine est conditionnée par une récession de caractéristiques historiques, une croissance gigantesque de la dette des entreprises, un effondrement des prix internationaux des matières premières, la croissance des déficits fiscaux, la croissance relative et absolue des dettes publiques, les dévaluations des monnaies locales et le gaspillage des réserves fiscales. Ainsi, l’Argentine – qui est plongée dans un quasi-défault, a une dette publique de plus de 100% de son PIB et n’a pas accès au marché international du crédit – commence à se transformer en l’horizon de tous les pays d’Amérique latine. En fait, pendant les premiers mois de la pandémie, le Chili et le Pérou ont dû recourir à un plan de sauvetage du Fonds monétaire international. La Colombie et le Costa Rica, présentés comme de nouveaux modèles par l’OCDE, sont rongés par le déficit budgétaire, détournant les prêts du FMI vers les dépenses de fonctionnement et les subventions aux entreprises.

9. La crise a montré encore une fois que l’effondrement du monde capitaliste ne peut être confronté qu’à des mesures anticapitalistes et socialistes. La lutte pour le non-paiement des dettes extérieures, pour la rupture avec le FMI et l’impérialisme, pour des impôts extraordinaires sur les grands revenus et fortunes, pour la nationalisation sans compensation des systèmes bancaires, du commerce extérieur et des ressources naturelles, telles que les ressources pétrolières, gazières, minières et énergétiques, etc. et pour le contrôle général des travailleurs,  a une portée continentale. Dans toute l’Amérique latine, l’agitation et la lutte pour ce programme ouvrier de sortie de crise est une tâche fondamentale de la gauche révolutionnaire. La lutte pour ce programme est inextricablement liée à la lutte pour les gouvernements ouvriers et pour le développement d’une direction politique révolutionnaire: la Quatrième Internationale.

La main de l ´impérialisme, ses agents et le coup d’État

10. Le gouvernement de Donald Trump ne ménage aucun effort pour parvenir a avoir une plus grande ingérence en Amérique latine. C’est ce qui explique la demande de Trump pour que ce soit  un Américain, Claver Carone, qui préside la BID pendant les cinq prochaines années, en contradiction avec une loi organique non écrite de l’organisme qui établit que sa présidence correspond à un pays d’Amérique latine. Trump veut assurer le contrôle total de l’organisme pour renforcer une politique de blocage des entrepreneurs et des sociétés financières chinoises dans le sous-continent. Lorsque le New York Times a consacré la couverture de son journal en 2018 pour condamner la base spatiale militaire chinoise installée dans la province de Neuquén ( Argentine), il était déjà évident que l’Amérique latine était devenue un champ de différend dans la guerre économique entre les États-Unis et la Chine. . Il y a un fil conducteur entre la décision de Trump de prendre le contrôle direct de la BID, la mobilisation en juin de cette année de trois porte-avions nord-américains dans l’océan Pacifique, menaçant la sortie orientale de la Chine, et le combat sanglant entre l’Inde ( associé des États-Unis ) et  la Chine au Cachemire.

11. La nomination de Claver Carone indique également un autre objectif stratégique pour l’impérialisme yankee. Carone est un gusano du parti  républicain,  identifié comme un ennemi acharné des régimes du Venezuela et de Cuba. La nomination de Carone bénéficie déjà du soutien du Brésil, de la Colombie, du Chili, de l’Équateur, du Paraguay, de la Bolivie, du Salvador, de Honduras, d’Haïti et de l’Uruguay. L’impérialisme veut mettre fin au régime bolivarien dirigé par Maduro, et que ce soit le point d’appui pour livrer le coup de grâce au régime cubain. Justement lee Groupe de Lima, qui regroupe les principaux dirigeants latino-américains et qui  est né sous les auspices de l’impérialisme yankee, est né avec pour but explicite de condamner le gouvernement vénézuélien. Après les échecs successifs de Juan Guaidó, la marionnette des Yankees au Venezuela, pour s’emparer du pouvoir politique, l’impérialisme a tenté diverses voies dans le but de briser le régime de Maduro. Dans le cadre de cette offensive putschiste, l’accord du gouvernement yankee avec le président Iván Duque doit être noté début juin pour permettre le déploiement de 800 soldats américains en Colombie, où il y a déjà sept bases militaires yankees installées, dans le but d’encercler le Venezuela. Ce déploiement militaire a été précédé de deux échecs de débarquement de mercenaires putschistes début mai, nommés «Opération Gideon», et de la navigation de navires américains sur la côte vénézuélienne début avril. Dans ce sens, il faut également noter la préparation de l’armée brésilienne à d’éventuels conflits armés en Amérique du Sud, plaçant le Venezuela comme un point critique de la région. Le blocus économique criminel que les États-Unis et l’Union européenne appliquent sur le Venezuela et la confiscation de 30 tonnes d’or vénézuélien par des pirates bancaires britanniques font également partie du paquet réactionnaire et du coup d’État.

12. Maduro a l’intention d’en finir avec la majorité qui est pour  le coup d´Etat de Droite á l ´Assemblée nationale, en convoquant de nouvelles élections législatives fin décembre            2020. La tentative du gouvernement Maduro, de balayer du parlement la droite et de rétablir la pleine domination de son régime est faite au moment oú prétextant les sanctions économiques            de  l ´impérialisme il exécute un fort réajustement t contre les travailleurs et le peuple vénézuélien commençant un processus de dollarisation du prix des carburants      et    progressant                 de     manière décisive vers la privatisation de PDVSA. C’est la réajuste du gouvernement Maduro ce qui a donné commencement à des réactions de la classe ouvrière , qui rejette aussi        la   persécution des militants syndicaux par le gouvernement. En particulier, on remarque la lutte des travailleurs du pétrole en défense de leurs salaires et des conventions collective de travail .

13. La gauche révolutionnaire doit se placer sur la  première ligne de combat contre le coup d’État réactionnaire et pro-impérialiste. Ce n’est que sur ce terrain, celui de la bataille décidée contre la réaction, que la gauche pourra acquérir l’autorité politique nécessaire pour soustraire l’avant-garde des ouvriers et des masses ouvrières à l’influence du nationalisme bourgeois, et se proposer pour diriger  le mouvement ouvrier et populaire sous les drapeaux du socialisme. Avec ces objectifs, nous faisons face au coup d’État en Bolivie et dénonçons le blocus et les attaques impérialistes contre le Venezuela, avec une indépendance totale par rapport aux dirigeants nationalistes. Le coup d’État en  Bolivie doit nous faire réflechir. La confiance de Morales dans l’OEA et son refus de développer pleinement les travailleurs et la mobilisation populaire ont fini par ouvrir la porte au coup d’État. La défense du Venezuela contre le putchisme  pro-impérialiste dépend de la mobilisation des latino-américains exploités. Cette défense ne sera l’œuvre ni de la Russie ni de la Chine, qui avancent dans un processus de colonisation économique du Venezuela, profitant de la privatisation en cours des ressources pétrolières que le gouvernement Maduro lui-même a encouragé, poursuivant leurs propres intérêts avec le dépecage  vénézuélien et ils n’hésiteront pas à utiliser le pays des Caraïbes comme monnaie dans leurs négociations avec l’impérialisme yankee.

La lutte contre le coup d’État est une question de principes, car cela signifie défendre les positions conquises par la classe ouvrière contre l’offensive capitaliste – en aucun cas soutenir le gouvernement capitaliste déchu. Toute hésitation ou « confusion » de la  gauche face à une offensive de coup d’État, comme cela s’est produit avec les organisations qui ont accompagné les « révoltes » qui ont précédé le coup d’État réactionnaire en Bolivie en 2019 ou avec celles qui se sont jointes à l’agitation de  « Fuera Maduro » en même temps que Guaidó se proclamait président de la République bolivarienne, ou, plus en arrière, de celui qui se déclare neutre face au coup d’État contre Dilma, représente le passeport direct de cette «gauche» à la poubelle de l’histoire.

De San Pablo à Puebla

14. La réponse du «progressisme» latino-américain à l’alignement de la droite continentale au sein du Groupe de Lima fut la création du Groupe de Puebla en juillet 2019. Le Groupe de Puebla apparaît comme la version dévaluée de ce qui était autrefois le Forum Sao Paulo, qui a émergé comme un regroupement de forces nationalistes et de gauche latino-américaines contre les régimes «néolibéraux». Dans grande mesure, les forces qui composent le Forum sont devenues gouvernement dans toute l’Amérique latine, sur la base de devenir les gardiens de gauche du régime capitaliste face à l’ émergence des crises et des révoltes du début du siècle (Argentine, Bolivie, Équateur, etc.). L’expérience du Forum de Sao Paulo ‘est terminée en  tragédie. Les échecs d’Unasur et du Mercosur sont  l’expression concrète de l’impossibilité d’une intégration latino-américaine (dite Patria Grande) sur des bases capitalistes. Avec la crise mondiale, à partir de 2008, la faiblesse du système de survie simplement rentier des gouvernements «nationaux et populaires» d’Amérique latine est devenue évidente. Ils ont sombré avec la baisse des prix des matières premières: ils n’ont pas pu surmonter le statut semi-colonial et la production unique de matières premières. Les «bourgeoisies nationales» ont fini par être salies par la corruption des ‘Odebrecht ou des López (que la droite exploitait pour promouvoir le changement politique). Le caractère anti-ouvrier de gouvernements comme celui de Lula ou Cristina s’est révélé dans leur maintien de la précarité de l’emploi, leur intervention contre de nombreuses grèves et le renforcement de la nationalisation des organisations syndicales contre toute tentative d’organisation indépendante. Leurs politiques d’ajustement ont donné lieu à un long processus de déclin politique, qui a fini par ouvrir la voie au coup d’État, auquel ils n’ont pas répondu, et à la montée électorale de nouveaux gouvernements de droite au niveau continental, tels que Bolsonaro, Piñera, Macri, Lacalle Pou, etc. Le Front sandiniste au Nicaragua et le Front Farabundo Martí au Salvador, expressions du nationalisme centraméricain, ont suivi le même parcours que le reste des forces du Forum, en s´alignent avec la bourgeoisie locale et le capital financier. Le gouvernement sandiniste d’Ortega a fait face à la répression criminelle avec une rébellion gigantesque qui s’est soulevée contre la réforme des retraites monétariste.

15. Le groupe de Puebla ne promet rien de plus que d’être une farce. Son caractère farcesque est donné, tout d’abord, par le role dirigeant  exercé par Alberto Fernández, qui a maintenu l’Argentine comme membre du Groupe de Lima, c’est-à-dire dans le corps même de la réaction latino-américaine. Au milieu de la crise sanitaire et sociale en Argentine, Fernández mène un processus de restructuration de la dette extérieure qui représente une capitulation absolue et sans heurts face aux demandes des capitaux financiers et du Fonds monétaire international. Puebla comprend également les anciens présidents Lula Da Silva et Dilma Rousseff (Brésil), Rafael Correa (Équateur), Evo Morales (Bolivie) et Fernando Lugo (Paraguay). Aussi Daniel Martínez (ancien candidat à la présidence du Frente Amplio de l’Uruguay), Verónika Mendoza (ancienne candidate à la présidence du Frente Amplio  du Pérou) et divers dirigeants du PRD mexicain et du parti communiste du Chili. Pour effacer tout vestige d’affrontement avec l’impérialisme, les «progressistes» ont marginalisé le Venezuela et Cuba du groupe, sous le prétexte d’être respectueux de la démocratie  et de ses institutions ». Alberto Fernández vient d’accorder un autre geste à l’impérialisme, avec l’adhésion de la délégation argentine au rapport du bureau du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, redigé par  l’ancienne présidente chilienne, Michelle Bachelet, contre le Venezuela.

16. Un autre geste tout aussi  important que le Groupe Puebla a donné à l’establishment ést sa définition catégorique contre les rébellions populaires et l’action directe des masses pour vaincre le coup d’État pro-impérialiste. C’est ce qui a été exprimé en novembre dernier au meeting  de Puebla à Buenos Aires, au moment où la révolte chilienne battait son plein et où une réponse populaire extraordinaire contre le coup d’État en Bolivie grandissait. La participation du PC chilien à Puebla n’est pas un fait mineur, car il s’agit du dernier soutien du gouvernement Piñera  acculé. Formellement  hors   du groupe Puebla, se trouve  une autre référence du champ «progressiste» ou «national et populaire»: le président mexicain Andrés Manuel López Obrador (AMLO). Depuis sa prise de possession de la présidence mexicaine le 1er décembre 2018, AMLO n’a effectué aucun déplacement à l’étranger avant juillet 2020. Sa première tournée internationale a été de rendre visite à Donald Trump, sous prétexte de célébrer la signature de l’accord de libre-échange néocolonial. Commerce signé par le Mexique, avec les États-Unis et le Canada il y a un an. AMLO s’est mobilisé, soutenant objectivement la candidature de Trump, à des moments où l’image du magnat s’effondre à la suite de sa gestion désastreuse de la crise sanitaire et de l’exacerbation de la crise sociale à la suite de l’impact de la faillite capitaliste. Mais surtout, AMLO s’est rendu aux États-Unis à un moment où une rébellion populaire extraordinaire se développe,  ayant comme  vedette surtout  la communauté afro-américaine et qui  suscite une énorme sympathie parmi la communauté de latins  résidant aux États-Unis. En bref , AMLO a joué dans un acte soumission coloniale  rarement vu.

17. La prétendue «lutte contre la droite» proclamée par le «progressisme» latino-américain n’est rien de plus qu’une simple racontard. La gauche révolutionnaire doit distinguer les vrais putschs offensifs réellement existants du caquetement nationaliste, qui ne cherche qu’à museler les organisations ouvrières et la gauche, et les priver  ainsi de leur action et de leurs critiques dans le but de les subordonner au gouvernement de front nationaliste ou populiste. Le nationalisme doit être combattu en promouvant l’action directe de la classe ouvrière pour ses revendications immédiates et un programme économique et politique des travailleurs afin que la crise soit payée par les capitalistes. L’unité latino-américaine ne peut être réalisée que par des gouvernements ouvriers au niveau du sous-continent, c’est-à-dire sur des bases socialistes.

Offensive anti-travailleurs, programme et lutte pour les syndicats

18. L’Amérique latine est également le continent le plus durement touché par la crise sociale. La classe capitaliste et les différents gouvernements déchargent la crise sur le dos des travailleurs. Un rapport de l’OIT souligne que si les heures de travail dans le monde ont baissé de 14%, en Amérique latine, ce pourcentage s’élève à 20,5%, au-dessus de l’Amérique du Nord, de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique. Sur les 400 millions d’emplois perdus dans le monde, 47 millions sont concentrés rien qu’en Amérique latine. Cette gigantesque destruction d’emplois a été atténuée par une image de longue date de l’informalité du travail. L´ OIT elle meme  a souligné, début mai, que sur les 298 millions de travailleurs employés, 54% d’entre eux, soit 158 millions de travailleurs, sont dans l’informalité. Dans des pays comme la Bolivie et le Nicaragua, qui comptent de nombreuses années de gouvernement «national et populaire», les taux d’informalité sont proches du  80%, et le Guatemala a un indice similaire. Mais les taux sont également élevés en Argentine (47,2%), au Brésil (46%) et au Chili (40,5%). De cet univers de travailleurs précaires, selon le rapport lui-même, 90% d’entre eux ont subi une baisse de leurs revenus. Mais alors que les réductions mondiales du revenu des travailleurs informels signifiaient une perte moyenne de 60%, en Amérique latine et dans les Caraïbes, cette perte atteint 80%. La croissance du chômage et l’image répandue de l’informalité du travail sont le terrain sur lequel se développe également une offensive extraordinaire contre la main-d’œuvre et les régimes de sécurité sociale, avec la corrélation de nouvelles restrictions au droit de grève.

19. Cette image d’une attaque brutale contre les conditions de vie des masses ouvrières met en évidence la paralysie et le collaborationnisme de la part des bureaucraties des syndicats ouvriers dans tous les pays. Les bureaucraties syndicales ont été décisives pour contenir l’intervention ouverte et déterminée du mouvement ouvrier au cours des révoltes populaires de 2019. De cette manière, elles ont réussi à éviter la chute des gouvernements acculés  par la lutte des masses. Or, ces mêmes bureaucraties jouent un rôle stratégique pour les bourgeoisies latino-américaines, validant les offensives anti-ouvrières. Ceci est valable pour la CGT pro-gouvernementale d’Argentine, ainsi que pour les CUT « de l´opposition » du Brésil et du Chili, etc. Le mot d´ordre actuel doit etre l´’exigence de la rupture des organisations ouvrières  avec la bourgeoisie, l’État et les partis patronaux  comme méthode de défense de l’indépendance politique des organisations ouvrières. Cet exigence  s´oppose  totalement á l´idée et   l’ espérance  d’un changement de cap des partis bourgeois ou petits-bourgeois qui jouent un rôle de premier plan dans ces organisations de masses. La lutte pour l’indépendance politique des organisations ouvrières est avant tout une méthode pour accélérer le processus de séparation des bases ouvrières de leur direction bureaucratique et bourgeoise, non pour corriger la direction patronale de cette direction ou pour leur auto-régénération.

20. Il est impératif de répondre à ce massacre social par un programme de revendications immédiates de la classe ouvrière et un plan d’action. Faire face au chômage  massif, c’est augmenter la demande d’assurance chômage, équivalente au panier alimentaire de base de chaque pays, et lutter pour la distribution  générale des heures de travail sans réduire les salaires. Mettre une limite aux licenciements  c´est promouvoir l´occupation de toute usine ou entreprise qui ferme ou licencie. Et affronter la famine exige dorganiser la lutte pour un salaire minimum et des retraites équivalant au coût du panier familial de chaque pays d’Amérique latine. Afin de promouvoir ces exigences minimales, ainsi que la lutte pour mettre fin à la précarité de l’emploi et à l’informalité, pour abroger les réformes du travail et des retraites et pour en finir avec les systèmes de retraite privés, nous promouvons le front uni des travailleurs et des organisations de travailleurs. L’impulsion du front unique de lutte, entendu comme un accord pratique avec tous les courants en présence lorsqu’il s’agit de promouvoir une lutte de masse, nous le menons sans jamais sacrifier l’agitation du Parti pour la structuration indépendante de la classe ouvrière, pour le gouvernement des travailleurs et du socialisme. La lutte pour les revendications immédiates des travailleurs met à l’ordre du jour la bataille pour expulser les bureaucraties syndicales corrompues, la promotion de congrès ouvriers dans chaque pays latino-américain et les plans de lutte jusqu’à la grève générale pour les imposer.

Mouvements de masses et politique révolutionnaire

21. Les grandes rébellions en Amérique latine et aux États-Unis ont été précédées et conduites, dans une large mesure, par des mouvements de masse avec une dynamique fortement combative, qui ont fait siennes les méthodes historiques de la classe ouvrière – bien qu’ils n’aient pas d’ancrage de classe défini. Ces dernières années, le mouvement des femmes et de la diversité s’est distingué, comme nul autre, par sa confrontation avec les gouvernements de droite, qui ont en commun la misogynie et la discrimination contre les diversités. Tant le «Ele Não» contre Bolsonaro que le «Me too» aux États-Unis ont organisé des mobilisations de masse. De la même manière, il faut souligner l’énorme lutte menée en Argentine pour le droit à l’avortement. Au Chili, le mouvement massif de lutte des femmes a anticipé, dans une large mesure, le déclenchement de la rébellion du 18 octobre. Aujourd’hui, le mouvement des femmes apparaît à nouveau comme le fer de lance de la reprise de la rébellion populaire chilienne. Le mouvement des jeunes étudiants, des jeunes qualifiés, précaires et / ou sans emploi, a eu un premier rôle dans les grandes révoltes au Chili, à Puerto Rico et au Nicaragua, et dans les grèves générales en Colombie. Elle joue, à son tour, un rôle de premier plan dans l’émergence du mouvement de lutte en défense de l’environnement, qui est, en arrière-plan, un affrontement avec l’ensemble du régime social en vigueur, qui est finalement responsable de la destruction de la planète au nom de l’accumulation capitaliste. De leur part, les peuples autochtones ont été les principaux acteurs de la résistance et de la lutte contre le coup d’État en Bolivie et de la rébellion équatorienne.

Nous revendiquons la nécessité pour la gauche révolutionnaire d’occuper une place remarquable dans toutes les luttes provoquées par l’oppression sociale ou nationale et aux côtés de toutes les classes, groupes ou nationalités qui souffrent d’oppression ou d’arbitrairiété. La lutte contre le capital intègre tous les antagonismes créés ou renforcés par la domination capitaliste mondiale. Nous participons et promouvons la lutte des femmes, des peuples autochtones, des paysans, des immigrés sans papiers, des enfants réduits en esclavage, des jeunes qui réclament le plein droit à l’éducation et à la défense de l’environnement. Nous favorisons l’intervention dans ces luttes non pas pour défendre des solutions dans l´ ordre particulier, mais pour produire un mouvement international unique pour la victoire de la révolution socialiste. Une avant-garde ouvrière ne peut réclamer sa place dans les rangs combatifs du prolétariat industriel international qu’en participant aux combats contre toutes les formes d’oppression.

22. La lutte des femmes a révélé la profonde ingérence des Églises dans les affaires de l’État et la subordination des gouvernements capitalistes, qu’ils soient de droite ou «progressistes», aux différents lobbies cléricaux. L’intervention dans le mouvement des femmes des partis et des forces du capital poursuit l’objectif d’inscrire ces mouvements dans le cadre du régime et de perpétuer les rapports de production capitalistes – qui représentent l’édifice social sur lequel se construit la culture macho et patriarcale. Au contraire de la gauche qui intervient dans le mouvement des femmes de manière indifférenciée des forces bourgeoises et recrée en son sein une sorte de « front féministe populaire », d’une part, et de la gauche qui méprise l’intervention dans le mouvement pour son caractère multiclassiste et se réfugie dans un sectarisme immaculé, d’autre part, nous exigeons l’intervention active de la gauche révolutionnaire dans ce mouvement, défendant l’indépendance politique de la classe ouvrière. Nous intervenons dans le mouvement de promotion de la lutte commune de notre classe, surmontant toute sorte de division par genre ou sexualité, pour le droit à un avortement légal, sûr et gratuit, pour les contraceptifs et pour une éducation sexuelle complète, pour la séparation des Églises des États , pour la fin des violences sexistes et des crimes de haine, pour toutes les revendications du mouvement LGTBI, etc. Nous soulignons la «double oppression» qui affecte les femmes, en tant que membres de la classe ouvrière et, en même temps, comme reproductrice de la force de travail et comme accomplissant aussi des tâches domestiques non rémunérées. Ce n’est qu’ainsi, en étant la force la plus cohérente dans la promotion des revendications des femmes, et sans jamais baisser les drapeaux de l’indépendance de classe, que la gauche pourra se battre pour la conquête de la direction politique du mouvement des femmes et la plier au combat pour le gouvernement de la classe ouvrière.

23. La rébellion populaire aux États-Unis a la communauté noire comme acteur central. Cependant, elle a un caractère multiracial massif, surmontant les manifestations de solidarité des secteurs blancs radicalisés et avançant vers une véritable lutte commune. L’ampleur de la lutte en cours se distingue par son lien avec la croissante conflictivité ouvriere et par la gravité de la crise du pays, sur les plans sanitaire, économique, social et politique. Les grèves et les protestations des travailleurs contre les conditions de travail se sont multipliées avec l’aggravement de la pandémie, marquant une tendance de la classe ouvrière organisée à converger avec la révolte menée par la communauté noire. La plupart de la gauche américaine, et en particulier celle qui sont dans les rangs Bernie Sanders, et aussi la puissante organisation des socialistes-démocrates (DSA), ne soutient pas la revendication d’autonomie de secteurs de la communauté noire. La critique «de gauche» de la centralité des revendications raciales, avec un langage classiste, cache que la DSA est placée derrière les secteurs les plus combatifs du mouvement noir, qui a identifié l’État impérialiste des États-Unis comme son principal ennemi et les combattants antiimpérialistes du monde comme leurs alliés. Tout principe d’autonomie de la communauté noire équivaut à une déclaration d’hostilité envers l’État impérialiste américain. Il ne s’agit pas d’imposer une séparation nationale à la communauté noire. Une victoire révolutionnaire devrait être la base d’une plus grande unité. Mais cette unité ne peut effacer l’oppression historique subie, mais la reconnaître et la vaincre. Ce n’est qu’en revendiquant inconditionnellement les droits de la population noire, y compris le droit à son autonomie, que les bases pourront être posées et avancer dans l’unité de tous les travailleurs américains et exploitées contre l’ordre social capitaliste actuel. L’agitation et la défense de ce droit pour la communauté noire doivent s’accompagner de tout un programme de caractéristiques universelles, comprendrant les revendications immédiates de toute la classe ouvrière nord-américaine et un programme économique et politique de l énsemble des travailleurs.

Stratégie révolutionnaire

24. Le cocktail de crise sanitaire, d’effondrement économique et de catastrophe sociale a déclenché de véritables crises politiques et des crises gouvernementales. Le Brésil est probablement le pays où la crise politique est la plus aiguë, avec le départ de deux ministres de la Santé, du ministre de l’Éducation et, en avril, du super ministre de la justice et de la sécurité Sergio Moro. Cependant, dans le contexte de la crise, il y a également eu des démissions de hauts fonctionnaires au Chili, au Pérou et en Équateur. C’est dans ce contexte de crise que l’intervention des travailleurs et des secteurs populaires commence à émerger. Ceci est confirmé par les journées nationales de protestation au Chili contre l’AFP et la grève nationale des dockers, les mobilisations en Bolivie promues par la COB contre le gouvernement Añez, les manifestations en Équateur contre les mesures pro FMI de Lénine Moreno, les manifestations anti-fascistes au Brésil, les mobilisations syndicales contre la réforme des retraites au Paraguay et les gréves et mobilisations coordonnés internationalement des livreurs. Ces luttes, qui se déroulent au milieu d’une crise pandémique, indiquent que le cycle des rébellions populaires en Amérique latine n’est en aucun cas fermé . Au contraire, le cycle reste ouvert et la rébellion nord-américaine représente un formidable stimulant pour sa élévation et son développement.

25. La perspective ouverte en Amérique latine demande un bilan du rôle des organisations de masse dans les grands processus de l’année écoulée. Comme on l’a vu au Chili avec l’Unité sociale, sous la direction politique du PC, ou en Equateur avec la Conaie, ces deux organisations ont refusé de diriger le combat pour la chute des gouvernements de leurs pays respectifs. Ceci, malgré le tableau insurrectionnel des masses et la clameur populaire répandue pour le départ de Piñera et Lenin Moreno. De cette manière, ces organisations sont devenues, objectivement, un frein à l’évolution des masses en lutte et les ultimes soutiens des gouvernements capitalistes acculés par les rébellions populaires. Cela représente le principal aspect politique qui doit être traité par l’avant-garde de la classe ouvrière et des exploités en Amérique latine. L’initiative proposée par le Parti Obrero d´Argentine et recueuillie par les partis membres du Front de gauche et de l’Unité des travailleurs, (FIT), pour promouvoir une conférence latino-américaine de la gauche et des secteurs combatifs du mouvement ouvrier, vise à s’attaquer à ce problème politique de premier ordre. .

26. Pendant 9 ans, le Frente de Izquierda ( Front de Gauche) avec ses contradictions et ses limites, a tenu haut en Argentine le drapeau de l’indépendance de classe et de la lutte pour le gouvernement ouvrier. Cependant, il est clair que cette indépendance a été soutenue contre des tendances didissolvantes qui émanent, à de nombreuses reprises, des partis du Front eux-mêmes. Ces tendances ont eu un cadre privilégié au Brésil, où les organisations consœurs de Izquierda Socialista et du MST, respectivement le CST et AS, sont intégrées dans le PSOL, un parti large avec des caractéristiques de centre-gauche et une collaboration de classe. La MRT (organisation consœur du PTS), à son tour, a demandé son admission au PSOL, bien que cette admission ait été refusée, ce n´était pas un obstacle pour intégrer les listes du PSOL en 2018, alors qu´il proclamait comme son orientation fondamentale la promotion d´ « un front parlementaire engagé pour la reconstruction et le développement du Brésil »avec le PT, le PCdoB, le PDT et le PSB , Le PSOL n’a pas dépassé le niveau de sceau électoral, fondé sur un accord superstructurel de tendances; Il ne c´est pas constitué ni efforcé pour être le moteur de la lutte de classes, et il a agi comme un arriére train du lulisme. Actuellement, le PSOL intègre un front «anti-Bolsonaro » avec des partis de la bourgeoisie, dont beaucoup ont joué un rôle de premier plan dans le coup d’État parlementaire contre Dilma. IS fait partie également du Front Large ( Frente Amplio) du Pérou, un front démocratisant opposé à la stratégie du gouvernement ouvrier. Les deux principales campagnes politiques menés par Uníos ,l’organisation consœur de IS au Pérou, dans le Frente Amplio en 2019 avaient pour axes principaux «la lutte contre la corruption» et «l’insécurité», exigeant même que «la police accomplisse son travail «. Ces faits révèlent les tendances à l’électoralisme qui se nichent dans la gauche. Les expectatives et les appétits d´ obtenir un poste parlementaire sont le mirage pour sacrifier la lutte pour l’indépendance politique des travailleurs. Avant et après, les tendances électorales se sont fortement exprimées, comme en témoigne l’utilisation par le PTS de toutes les tribunes de la lutte ouvrière pour la projection de leurs figures électorales.

27. La dissolution de la gauche en fronts «larges» ou partis de centre-gauche, qui regroupent sous le meme sceau des organisations aux politiques contradictoires, et sont dirigées par des cliques aux simples appétits électoraux et qui prônent la collaboration de classes, a sapé la lutte pour la structuration politique indépendante des travailleurs. En opposition à la dissolution politique, la préparation du nouveau cycle en période d´incubation, de rébellions populaires exige de déployer pleinement la lutte pour la création de partis ouvriers révolutionnaires dans toute l’Amérique latine. En opposition à la construction d’un appareil électoral pour prospérer grâce à des sièges parlementaires à l’ombre de « larges » partis ou fronts, d’une part, ou au retrait des groupes de gauche à la propagande messianique et « inmaculés », d’autre part, nous proposons la mise en place de partis de combat de la classe ouvrière pour lutter pour les gouvernements ouvriers. En opposition à la projection de simples référents ou figures électorales, nous favorisons la formation des cadres politiques de la classe ouvrière, des organisateurs et des tribuns socialistes des travailleurs. En opposition à la publication de simples «nouvelles de gauche», nous promouvons la création d’organes politiques de parti, des journaux qui soient l’instrument pour développer centralement l’agitation et la propagande révolutionnaire, l’organisation de la classe et du parti révolutionnaire. La prochaine étape réclame une lutte politiques de parti, c’est-à-dire une lutte qui doit être menée par l’agitation, la propagande et l’organisation de l’avant-garde ouvrière et de la jeunesse.

La gauche révolutionnaire, qui cherche le front unique des organisations ouvrières pour promouvoir la lutte ouvrière et subordonne l’action parlementaire à l’impulsion de l’action directe de la classe ouvrière, travaille simultanément pour l’indépendance politique des ouvriers avec une proposition claire stratégique, qui se résume dans les slogans suivants: «Dehors Trump et ses agents de l ‘Amérique latine»; «Dehors les Bolsonaro, les Piñera, les Añez et les Lenin Moreno»; «A bas les gouvernements de reddition nationale, d’ajustement contre le peuple et de répression contre les travailleurs, assez de gouvernements capitalistes»; «Que la crise soit payée par les capitalistes, pour une issue des travailleurs»; «Pour les gouvernements ouvriers, pour l’unité socialiste d’Amérique latine, y compris Porto Rico».

28. Les organisations signataires de ce document, qui nous revendiquons de la gauche révolutionnaire, nous participeront de la conférence latino-américaine et américaine convoquée par la FIT-U d’Argentine sur la base des caractérisations et définitions contenues dans ce texte. L´éclairssiment  et la délimitation politiques et stratégiques, concernant les tâches de la gauche et du mouvement ouvrier, représentent un aspect fondamental de la lutte pour surmonter la crise de  direction du prolétariat.

Samedi 25 juillet 2020

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