17/12/1999 | 612

La France: Accord entre la Ligue Communiste Révolutionnaire et Lutte Ouvrière

Le Front Révolutionnaire du docteur James Tobin

Est-il possible que deux organsations qui se réclament trotskystes (au moins à l’heure actuelle), puissent signer un accord politique sans mentionner, une seule fois, les expesssion socialisme, gouvernement des travailleurs, action directe ou expropiation des capitalistes?


Et bien, oui. Cela vient d’arriver en France, qui n’est pas un pays sous-développé demi-capitaliste, entre la Ligue Communiste Révolutionnaire et Lutte Ouvrière. On y répudie la perspective du socialisme et la dictature du prolétariat, en Europe, où le trés élevé pourcentage des chômeurs, les licenciements permanents, la fermeture de entreprises, les fusions, les monopoles et la productivité décroissant, et la crise internationale et les guerres, démontrent de façon évidente l’épuisement historique du capitalisme et sa marche inexorable vers la barbarie.


«L’accord sur un projet de profession de foi», publié simultanéement dans la presse de ces organisations, a comme but la création d’une liste commune pour les élections legislatives européennes qui auront lieu en mars prochain. Ils espèrent, de cette maniére, obtenir un pourcentage supérieur au 5% des voix pour, «bouleverser le panorama politique de la gauche française», c’est à dire le Parti Communiste et les écologistes. Aussi bien par son programme que par ses objectifs politiques l’accord est en rapport avec la politique de la majorité de la Ligue, qui est favorable a abandonner toute réference au communisme et essaye de rassembler l’ensemble de la gauche sous un drapeau «démocratisant». Une analyse de la «profession de foi» dévoile encore une chose plus grave: l’immense confusion qui existe dans la soit disant extrême gauche européenne.


«Europe démocratique»


Le premier point de la «profession…» reveindique «une Europe de droits démocratiques, où les populations contôlent leurs décisions». Cette proposition fait réference à la circonstance que l’on trouve à l’intérieur de l’Union Européenne où il n’existe pas d’autorités élues, car le parlement européen manque de réelles atributions et la gestion politique et économique est prise par une Commision qui n’est pas élue et qui est responsable devant le Conseil de Ministres, tandis que les autorités de la Banque Centrale d’Europe profitent d’immobilité et ils jouissent même d’immunité devant la direction des différents gouvernements qui forment l’Union.


Mais, que serait cet «Europe démocratique» que réclament les «trotskystes» français sinon une copie de leurs respectifs états nationaux impérialistes, «où les populations contôl(ent) leurs décisions» au moyen du sufrage universel, de leurs répresentants élus, de leurs tribunaux constitutionnels et leurs juges et magistrats? Les ‘eurofobiques’ anglais que Margaret Tatcher dirige, aussi accusent l’Europe de Maastricht d’aprivoiser la sacre souveraineté de la Chambre des Communes et de violenter les pratiques démocratiques britaniques.


Au même rang que le démocratisme formel qu’ignore l’inégalité entre les classes et l’explotation sociale, la «profession…» réclame «une Europe d’égalité réelle, sociale et civique…». Mais l’égalité sociale est un contresens dans le capitalisme et l’égalité civique est un synonyme de discrimination, puisqu’elle supose l’exigence de la citoyenneté pour exercer les droits politiques, et cela est une attaque aux travailleurs immigrants des autres pays. Ce qui est curieux est que les rédacteurs de la «profession…» semblent ne pas percevoir l’opposition qu’existe entre la revendication de la «citoyenneté», dont ils s’en servent à chaque fois, et le droit au vote pour tous ceux qui habitent dans le pays. La citoyenneté discrimine (d’après les frontières nationales). Si tous ces propositions de la «profession…» ne sont pas de la fiction, alors elles temoignent d’une confusion infranchissable.


Ce qui est aussi révelateur est la question «d’une Europe qui annulerait les dettes du Tiers Monde, payées à maintes reprises aux banquiers, une Europe qui planifierait le développement avec les pays du Tiers Monde ayant le but de satisfaire les nécessités fondamentales de tous».


Une Europe que n’ait pas expropié le capital pourra seulement rennoncer à toucher les crédits publiques, pas les privés; et si ces derniers sont compris alors le Trésor devrait dédommager les banquiers avec une indemnité équivalente. S’il n’arrivait pas cela on violerait les «droits démocratiques» des banquiers et on serait devant des méthodes propres de la dictature du prolétariat, situation que ceux qui ont signé la «profession…» refusèrent profondement. Dans le cadre d’une Europe capitaliste, la proposition de «planifier avec le Tiers Monde» aurait un caractère impérialiste évident, car il ne pourrait pas exister un rapport social d‘egalité entre l’oppresseur et l’opprimé. Pour que le prochain électeur ne garde pas de doutes sur le caracter social de la «profession…», le paragraphe qui réclame l’arrêt des privatisations des services publiques «de qualité», propose «d’étendre le secteur publique aux entreprises qui benéficient des besoins élementaux de la population». Mais «étendre le secteur publique» n’est plus que la nationalisation capitaliste, c’est à dire, d’un cotê on doit dédommager en accord avec la valeur présente du capital investi (les travailleurs doivent payer) et de l’autre on doit rester en accord avec le fonctionnement de l’ensemble du système capitaliste, y compris la viabilité de cette indemnité.


Capitulation devant Maastricht


La proposition «d’une Europe démocratique» n’est autre chose que’un essaye de donner un contenu d’élection aux institutions de l’Union Européenne qui ont été ébauchée lors des traités de Maastricht et d’Amsterdam (l’union monnaitaire et l’accord d’estabilité). C’est ce qui se trouve derrière la formule déjà connue de la Ligue «rompre avec la logique libérale…» de ces traité-là. C’est par cette raison qu’ il n’ existe pas, à la «profession…» des revendications à l’égard des états nationaux, comme s’ils étaient dèjà suprimés par les accords. Cependant la réalité est le contraire; les traités européens sont, pour l’instant, des créations purement artificielles pour organiser une politique commune entre les principaux monopoles d’Europe, tandis que les Etats nationaux continuent à être le vrai cadre de la lutte de classes en Europe. A propos de l’Europe d’artifice, la «profession…» n’a aucun mot d’ordre de pourvoir, justement parce qu’elle n’existe pas comme réalité politique, c’est à dire en dessus des Etats et gouvernements nationaux. Ceci explique que la «profession…» ait un caractère constitutionaliste très marqué, c’est à dire c’ est une profession de foi par rapport à un état démocratique européen éventuel. Mais la raison du manque des mots d’ordre de pouvoir ; qu’il n’y propose pas la chute des états capitalistes ou des gouvernements de collaboration de classes ou que les partis ouvriers rompent avec les capitalistes et leurs gouvernements; la cause de tout cela c’est que la soit disant extrême gauche française s’est échappée de la réalité des Etats nationaux et elle accepta, sans rien dire, la fiction européenne, qui n’a d’autre état que les Etats nationaux qui la composent.


Nous avons donc le résultat paradoxal où les champions de la lutte contre les traités qui definent l’Union Européenne, ne font qu’accepter cette union artificielle comme un fait déjà réalisé et nient la réalité politique fondamentale, c’est à dire, le pouvoir, qu’ils sont encore des Etats nationaux. Cela permet à la «profession…» d’éviter la question centrale de la politique européenne actuelle: les gouvernements de centre-gauche du front populaire. Sur ce point, la «profession…» ne lui consacre pas une ligne, malgré son appartennance à un courant politque international dont le programme de fondation assure que les fronts populaires sont le dernier recours de l’impérialisme contre la révolution prolétarienne. Le texte critique vaguement le gouvernement français de Jospin, parce qu’il «multiplie les cadeaux aux grands patrons» mais on ne le caracterise pas commme un gouvernement contrerévolutionnaire, impérialiste. En outre il n’appelle pas non plus les partis socialiste et communiste à rompre avec les capitalistes (Chirac de droit, continue comme président de la République) et à former un gouvernement des travailleurs.


C’est cette capitulation devant les traités européens ce que propose la Ligue –créateur principale– dans Le Monde Diplomatique du mois de décembre. «C’est le moment de renégocier (les traités), dit Daniel Bensaïd, maintenant ou jamais. A quoi sert, sinon, la gauche et son trident de gouvernements en Europe?» L’appel qui font, donc, les «trotskystes» aux partis ourvriers contrerévolutionnaires d’Europe (PSe t PC) est: renégociez Maastricht… Une vraie honte.


 


Des révolutionnaires de l’impôt Tobin


Au mois de septembre dernier, Rouge, le journal de la Ligue, annonça son adhésion à une campagne internationale en faveur d’un impôt au mouvement spéculatif du capital, connu comme impôt Tobin, par le nom de l’auteur, prix nobel d’économie. Au même moment, dès nombreux milieux capitalistes, y comrpis la Banque Mondiale, on attribuait la crise internationale à la «volatilité» des capitaux à «court terme». Et bien, l’impôt Tobin est aussi l’axe des propos de la «profession…».


Or, on sait qu’un impôt au capital spéculatif suppose la préservation du régime capitaliste. Mai un impôt Tobin ne pourra resoudre aucan problème aux masses, soit parce que l‘impôt serait transferé à la consommation, soit parce qu’il diminuerait les mouvements du capital. Dans ce cas-là, «l’exubérance» financière serait reemplacée par une «séchresse» du même genre, qui n’est que l’autre visage de la crise, sous la forme d’une déflation genéralisée. Il faut, pourtant, signaler, que les spéculateurs internationaux pourraient se bénéficier directement avec cet impôt, surtout après que la «volatilité» spéculative provoca la faillite d’une des principaux Fonds apliqués à la spéculation, le Long Term Management Capital.


Le journal de la Ligue assure que «les gouvernements des pays industrialisés se trouvent dans un dilemme (car) ils ont du mal à rompre avec les dogmes du libéralisme même s’ils comprennent qu’il faut une intervention de l’état pour empêcher les désordres». C’est à dire que les capitalistes se laissent emmener par une idélogie au détriment de leurs interêts. Voilà pourquoi Rouge les appelle à «rompre avec le dogme libéral» (5/11). Il est le conseiller du capital spéculatif, déprédateur et impérialiste.


L’article en question, devient ridicule lorsqu’il prevoit que les gouvernements de centre-gauche européens ne pourront imposer une réduction des taux d’interêt dû à leur attachement à la «logique libérale» ou parce qu’ils cédèrent la souveraineté sur la politique monétaire à la Banque Centrale Euopéenne. Trois semaines plus tard, exactement, la Banque mentionnée, avec les gouvernements respectifs annonçaient une grande réduction des taux, en accord avec l’interêt du capital mais pas avec la «logique» des «trotskystes» français.


L’impôt Tobin du «trotskysme» français n’est pas tirer en l’air, c’est un programme. Bensaïd le dit clairement: «Une vraie politique de réformes reclamerait une réforme fiscale, une imposition sérieuse à la fortune acumulée, laissée en jachère spéculative, une baisse (sic) rigoureuse du TVA, une progressivité de l’impôt sur le capital, pour redistribuer la richesse sans «encourager» la demande». Il s’agit là d’une proposition de gestion capitaliste, non seulement parce qu’il n’y énnonce pas le gouvernement des travailleurs mais parce qu’il ne frôle même pas la domination du capital. D’une manière ou d’une autre, en grande ou petite partie, cette «vraie politique» est en vigueur dans les pays capitalistes, nottamment les Etats Unis –où il n’y a pas de TVA, où les bénéfices du capital ont des charges et l’impôt sur les revenus subit une progressivité. Bensaïd est concient de tout ce qu’il propose, voilà pour quoi il pare de «reforme»; il refuse entièrement la possibilité de réaliser des «incursions violentes sur le droit de propriété» (Trotsky) ou sur les impôts de confiscation du capital (Manifeste Communiste). Il se trouve bien loin des extrêmes radicaux de Lord Keynes qui dans son «Traité…» prevoyait l’incapacité du capitaliste privé de garder en plein-emploi les recours productifs. Le mot d’ordre «radical» de Bensaïd est: «d’oposer les citoyens au marché» (Le Monde Diplomatique).


Il n’y a rien d’innocent dans tout cela, car il s’agit d’effacer les propos de classe. Au mois de mars dernier, Lutte Ouvrière disait sur la Ligue que «ni de point de vue moral ni politiquement, elle se reclamait du communisme». La «profession de foi» en est une confirmation, mais maintenant Lutte Ouvrière est entrée dedans.


 


Refonder la IVe Internationale


 


L’accord entre Lutte Ouvrière et la Ligue fut bien reçu par la plupart de ce que l’on appelle l’extrême gauche française. Mais pas pour de bonnes raisons. Elle ignore le programme de l’accord, elle est incapable de le critiquer, et ne perçoit même pas la profonde incomprehénsion qu’elle fait de la crise qui s’est ouverte entre la fiction de l’unité européenne, d’un côté, et les Etats capitalistes nationaux, de l’autre. Elle le salue parce qu’elle voit l’accord comme un pas «vers la discussion», vers «l’union dans la diversité», vers «le déclin du sectarisme’.


Cependant, autant en France qu’en Argentine cette forme de raisonnement dennonce les groupes qui ont échoué politiquement; qui ont perdu leur tradition; qui ne peuvent reveindiquer un programme ou un parcours; et qu’il prétendent que tous les autres commencent de nouveau à partir du niveau médiocre dans lequel ils sont tombés.


Lutte Ouvrière a tout le droit d’établir un accord électoral avec la Ligue, mais pas de prostituer le programme révolutionnaire, la Ligue le fait depuis longtemps et le confirme en signant cet accord. Plus précisément le C. Central de la Ligue approuva par 40 voix une ressolution qui considère que l’accord avec LO s’inscrit dans le cadre des orientations de son dernier Congrès, dont la majorité vota le changement du nom par celui de Gauche Démocratique Révolutionnaire. C’est à dire, vers la voie de la destruction totale de la IVe Internationale.


Lutte Ouvrière devrait refuser cet accord anti-socialiste et voter la réalisation d’un Congrès International pour la refondation immediate de la IVe Internationale.

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